Saint-Valentin, version célibataire
Le 14 février revient toujours avec la même lumière particulière, celle qui semble un peu plus rose dans les vitrines, un peu plus artificielle dans les rues, comme si le monde entier s’était mis d’accord pour parler d’amour à voix haute, pour le mettre en scène, pour l’emballer dans du papier brillant, pour le déposer sur des tables de restaurant entre deux verres de vin et des regards qui se cherchent.
C’est une date qui s’annonce longtemps avant d’arriver, qui se glisse dans les conversations, dans les publicités, dans les rayons des supermarchés où les chocolats prennent soudain la forme de cœurs trop parfaits, et il y a quelque chose d’étrange dans cette insistance, dans cette manière qu’a le monde de dire : aujourd’hui, il faut aimer quelqu’un, aujourd’hui, il faut être deux.
Et quand on est célibataire, on apprend à regarder tout cela avec une distance qui ressemble parfois à de l’humour, parfois à une forme de lassitude, parfois à un petit pincement discret qu’on ne nomme pas vraiment, parce qu’on ne veut pas se donner l’air fragile, parce qu’on a appris à dire que ce n’est pas grave, que ce n’est qu’un jour comme les autres, qu’on s’en fiche.
Mais au fond, ce n’est jamais complètement un jour comme les autres.
Il y a dans l’air une sorte de rappel, une petite pression invisible, comme une main posée sur l’épaule qui demanderait doucement : et toi, où est ton amour ?
Alors on pourrait répondre n’importe quoi.
On pourrait répondre : je n’en ai pas.
On pourrait répondre : pas encore.
On pourrait répondre : bientôt, peut-être.
Mais cette année, j’ai envie de répondre autrement.
Cette année, j’ai envie de dire : il est là.
Il est là, autrement.
Il est là en moi.
Parce que la vérité, c’est que l’amour n’a jamais été uniquement une histoire de couple, et que c’est une injustice étrange de réserver cette journée à ceux qui se tiennent la main, comme si ceux qui marchent seuls n’avaient rien à célébrer, comme si l’existence ne méritait d’être honorée qu’à deux.
Être célibataire, ce n’est pas être en attente.
Ce n’est pas être une page blanche.
Ce n’est pas être un manque.
C’est être un monde entier, déjà.
C’est être quelqu’un qui traverse ses propres saisons, quelqu’un qui porte ses propres histoires, quelqu’un qui apprend à se tenir debout dans le silence, à se consoler, à se construire, à se choisir, parfois difficilement, parfois lentement.
Et peut-être que cette journée, justement, pourrait devenir autre chose.
Pas une journée où l’on se sent de trop.
Mais une journée où l’on se célèbre aussi.
Le matin : une douceur lente
Ce matin-là, on ne se réveille pas avec l’idée d’une grande déclaration, ni d’un bouquet qu’on attendrait sur le pas de la porte, on se réveille avec soi, avec la lumière pâle qui traverse les rideaux, avec ce calme particulier des matins où personne ne réclame rien, où le monde est encore flou, où l’on peut rester quelques minutes de plus dans le lit, à écouter simplement sa propre respiration.
Il y a quelque chose de précieux dans cette lenteur.
On se lève doucement, on marche pieds nus, on prépare un café, ou un thé, peu importe, mais on le fait comme un geste tendre, comme si l’on prenait soin de quelqu’un.
Parce que c’est ça, au fond.
On prend soin de soi.
On laisse une musique tourner dans la pièce, quelque chose de doux, quelque chose qui enveloppe, et on se surprend à penser que cette journée pourrait être belle, non pas malgré le célibat, mais avec lui, dans cette liberté discrète qu’il offre aussi.
On ouvre la fenêtre.
L’air froid mord un peu.
Le ciel est clair.
Et on se dit, presque en silence : aujourd’hui, je vais être ma propre Saint-Valentin.
La journée : se faire un cadeau qui dit “je compte”
On sort peut-être.
Ou on reste.
Mais dans tous les cas, on décide de se traiter avec cette attention qu’on réserve souvent aux autres.
On s’offre quelque chose.
Pas forcément un grand achat, pas forcément un luxe.
Mais un signe.
Un petit signe qui murmure : tu es importante.
Un bouquet de fleurs achetées pour soi, sans attendre qu’une main extérieure vienne le faire.
Un livre choisi lentement, comme une promesse.
Un déjeuner dans un endroit qu’on aime, même seule, même avec un pull trop grand et les cheveux attachés à la va-vite.
Et il y a quelque chose de puissant dans ce geste, dans cette manière de ne pas s’abandonner, de ne pas se laisser en marge de la fête, mais de dire : moi aussi, je suis là.
Moi aussi, je mérite une table.
Moi aussi, je mérite un moment doux.
L’après-midi : rentrer en soi
L’après-midi est souvent le moment le plus intime.
Le moment où l’on revient à l’intérieur, au calme.
On prend une douche chaude, on applique une crème sur sa peau comme un rituel, pas pour plaire, pas pour être regardée, mais pour habiter son corps avec douceur, pour lui dire merci, pour lui dire : je suis là avec toi.
On écrit peut-être quelques lignes.
Pas pour être productive.
Juste pour déposer ce qu’on ressent.
Parce que personne ne devrait porter ses émotions seul sans jamais les entendre.
On peut écrire :
Je suis célibataire.
Et ça va.
Ou ça ne va pas.
Ou ça dépend.
Mais je suis vivante.
Et c’est déjà immense.
Le soir : une tendresse sans spectacle
Le soir arrive comme une couverture.
On pourrait croire que c’est le moment le plus difficile, celui où les couples sortent, où les restaurants se remplissent, où les stories deviennent un défilé de bouquets et de bougies.
Mais ce soir-là, on choisit autre chose.
On choisit une soirée qui ressemble à un refuge.
Un plat qu’on aime.
Un film qui réconforte.
Une série déjà vue cent fois.
Une bougie allumée juste pour la lumière.
Et surtout, aucune obligation.
Pas besoin que ce soit romantique.
Pas besoin que ce soit parfait.
Juste besoin que ce soit doux.
Avant de dormir : se dire la vérité
Avant de s’endormir, il y a ce moment où tout retombe, où le silence revient, où l’on pourrait sentir le manque, oui, parfois, parce qu’on est humain, parce qu’on rêve aussi, parce qu’on aimerait parfois une main dans la nuit.
Mais il y a aussi une autre vérité.
Une vérité plus profonde.
La solitude n’est pas un échec.
C’est un espace.
Un espace où l’on se retrouve.
Un espace où l’on apprend à s’aimer sans condition.
Et ce 14 février, on peut se dire doucement, comme une promesse :
Je ne suis pas en train d’attendre l’amour.
Je suis en train de le devenir.
Alors joyeuse Saint-Valentin à ceux qui sont seuls.
À ceux qui guérissent.
À ceux qui avancent.
À ceux qui se choisissent.
Aujourd’hui aussi, on mérite des fleurs. 🌹


Quel magnifique texte, comme d’habitude ! Tu fais partie de mes plus belles rencontres ici sur Substack. J’aime te lire, j’aime nos échanges, et je te souhaite une joyeuse Saint-Valentin💗
Merci pour ce très beaux textes et ta profonde sensibilité 🙂
Moi ce jours comme les autres je suis en compagnie de mon ☕
Merci à toi 🙂